San est né en 2020. Quelques semaines après sa naissance, j’ai ouvert un carnet et j’ai commencé à écrire.
Pas pour moi. Pour lui. Et pour Ari, qui allait arriver deux ans plus tard.
Je voulais qu’ils sachent qui j’étais vraiment. Pas le père qu’ils voient tous les jours. Le Dan d’avant. Celui qui a grandi à Montréal sans trop savoir où il se situait. Ni vraiment vietnamien, ni vraiment québécois. Quelqu’un que personne n’aurait pu leur expliquer à part moi.
Mes parents sont arrivés au Canada sur un bateau clandestin. Ils fuyaient le Vietnam. C’est le chapitre 1. Leur histoire, leur guerre, ce que ça fait d’arriver ici avec rien et de tout recommencer.
Le chapitre 2, c’est moi enfant. Trois versions de moi en même temps : celui qui cachait ses origines à l’école parce qu’il voulait juste ressembler aux autres. Celui qui jouait le jeu parfait devant ses parents. Et le vrai, quelque part entre les deux, qui cherchait encore.
J’ai écrit sur le racisme, parce que San et Ari vont le vivre comme je l’ai vécu, et je veux qu’ils aient les mots que moi je n’avais pas. J’ai écrit sur l’argent, sur les amis qu’on garde et ceux qui passent, sur comment j’ai rencontré Serim en Malaisie et ce que ça m’a appris sur l’amour.
Six chapitres en trois ans. Écrits la nuit, entre deux biberons, après des journées de travail. Chaque session volée sur le peu de temps qui restait.
Et pourtant, je n’arrivais pas à avancer.
Le problème, c’était pas la page blanche.
C’était ma tête.
Chaque nouveau chapitre, je relisais tout depuis le début pour retrouver le fil. Au chapitre 7, ça voulait dire relire les six premiers. Et à chaque relecture, je voyais des choses à changer. Des contradictions. Des répétitions. Des idées qui avaient évolué depuis que je les avais écrites.
J’ai réécrit le chapitre 2 pour que le chapitre 7 tienne la route. Puis j’ai réécrit des passages dans les six premiers. À un moment j’avais l’impression d’avoir écrit 36 chapitres, pas 7.
Mon rythme c’était : une nuit entière de motivation, et le lendemain j’abandonnais. Parfois une semaine de travail intense, et puis j’arrachais tout pour recommencer. Après chaque session, j’arrêtais.
Ce n’était pas un manque de volonté. C’était un problème de format. On n’est pas fait pour écrire comme ça. On est fait pour parler.
C’est là que j’ai décidé de construire un outil.
Pas un carnet. Pas un fichier texte. Quelque chose qui capture la voix, qui retient ce qui a déjà été dit, qui aide à organiser sans tout relire depuis le début.
Quelques mois plus tard, j’en parlais à Yann autour d’un café. Il avait son histoire avec sa mère. Moi j’avais la mienne avec mon carnet.
On a construit LifeMemory.
San et Ari n’ont pas encore l’âge de lire ce que j’avais commencé à écrire pour eux. Mais cette fois, le livre va exister.
Dan, cofondateur de LifeMemory